Au cœur des stades PRO D2
Publié le 15/07/2026
Parfois, un stade devient aussi symbolique qu’un blason, que des couleurs et des joueurs. Il rend presque palpables les souvenirs en ayant été le théâtre des épopées et des exploits d’un club. Pour les Biterrois, Sauclières c’est un peu ça, une désormais lointaine réminiscence faite de métal, de ciment et de bois. Le témoin, encore vivant, d’une époque où les billets n’avaient pas de QR codes et que l’on portait ses plus beaux habits pour venir voir jouer le Grand Béziers. Les deux entités étaient tellement indissociables qu’elles sont presque jumelles au point d’être apparues la même année : 1911.

Avant de strier sa verte pelouse des lignes du rugby, c’est celle d’un terrain situé dans le quartier du Capiscol qui en était décorée. Un ancien hippodrome dont les protagonistes à sabots ont été remplacés par ceux portant des crampons puis un autre cheval, de fer cette fois-ci, a finalement délocalisé tout le monde pour y planter ses rails. Ce fut l’heure du changement pour l’ASBH, le début d’une union qui durera 75 ans, plus pour le meilleur que pour le pire. En 1921, l’arène accueille la finale du championnat de France entre Perpignan et Toulouse, cet évènement booste la modernisation du stade qui subit un agrandissement devenant plus officiellement un « Parc des Sports ».

Sous cette dénomination, d’autres disciplines empruntent l’arène au rugby qui reste avant tout chez lui, surtout quand il s’agit d’y accueillir les adversaires. « Je n’ai jamais gagné à Béziers car ils étaient une des plus grandes équipes de l’histoire. Gagner à Sauclières est une des rares choses qui ne m’a pas été permise dans ma carrière. Pendant des années, quand je voyais le panneau Béziers sur l’autoroute, j’accélérais », confiera l’illustre Jean-Pierre Rives à propos de l’enceinte devenue forteresse à partir des années 70. Car ce qui rendra Sauclières mythique c’est sa réputation plus que son architecture durant la période des 11 boucliers soulevés (entre 61 et 84) avec cette stat irréelle : 95 victoires d’affilée.

Si le Parc des Sports de Sauclières a toujours résisté aux visiteurs, il est en revanche moins étanche face aux inondations. Ainsi, quand à l’aube des jeux méditerranéens de 1993 un grand projet de stade est évoqué, l’ASBH s’est fait à l’idée de déménager ses souvenirs et ses 11 boucliers. Direction le flambant neuf et actuel stade de la Méditerranée. Une œuvre d’art architecturale sortie de l’esprit et de la pointe du feutre de Jean Balladur. Après avoir réalisé la Grande-Motte, l’architecte façonne un édifice pouvant accueillir près de 19 000 personnes contre 8000 à l’ancienne adresse.

Visible depuis la route des vacances, pour certains, on peut y deviner la forme d’un coquillage ou d’un ballon de rugby. Ballon qui n’y connait pas de faux rebonds puisque la pelouse a été désignée comme la meilleure de PRO D2 en 2021. Entre descente à l’échelon inférieur puis belles épopées récentes comme lors de la saison 2023-2024, le Stade de la Méditerranée se fait progressivement une place dans le cœur des fans héraultais.
Pour rallonger le trait d’union entre deux époques et deux visions, le glorieux passé a pris la forme d’une stèle célébrant les champions de France, d’un monument dédié à Pierre Lacans ou encore d’une statue d’Armand Vaquerin, gloires locales tragiquement décédées. Enfin, touche ultime à cette reconnexion, la « Méditerranée » a retiré ses eaux pour laisser apparaitre sur le sable de l’histoire locale le nom de Raoul-Barrière, entraineur et guide du Grand Béziers. Un hommage afin de rendre un peu plus immortel celui que l’on surnommait le « sorcier de Sauclières ».